Les 6 catégories de risques psychosociaux :

comprendre ce qui se joue vraiment

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L’infographie des 6 catégories crée par Marie-Prisca. P (2026, Tous droits réservés) est disponible sur notre profil LinkedIn et sur meonis.fr

On parle beaucoup de stress au travail. Rarement de ce qui le génère — ni de la façon dont chacun va le vivre. Les risques psychosociaux naissent de la rencontre entre un contexte de travail et une personne. Comprendre cette interaction, c’est se donner les moyens d’agir vraiment.

Les RPS : ni l’organisation seule, ni la personne seule

Les risques psychosociaux ne sont pas une notion floue. Ce ne sont pas des salariés « trop sensibles », ni des entreprises « stressantes » par nature. C’est un phénomène qui émerge à l’intersection entre une organisation du travail et les personnes qui la vivent.

Et c’est précisément là que les approches simplistes échouent : soit on met tout sur le dos de l’organisation, soit sur celui de l’individu. Ni l’une ni l’autre ne suffit.

Le rapport Bodier et Gollac (2011) est la référence française en matière de RPS. Il définit 6 catégories de facteurs de risques liés au travail — des conditions objectives. Mais ces conditions ne produisent pas les mêmes effets sur tout le monde. Un même contexte de pression intense sera vécu très différemment selon l’histoire de la personne, ses ressources, son rapport à son métier.

Ce sont souvent les profils les plus engagés qui tiennent… jusqu’à ne plus tenir.
La dimension individuelle joue un rôle important. Mais elle ne doit jamais faire oublier le cadre dans lequel elle s’exprime. Un même profil ne réagit pas de la même manière selon l’environnement dans lequel il évolue. C’est pour cela qu’il faut toujours aborder ces sujets avec une double lecture : comprendre les fonctionnements individuels, sans jamais perdre de vue les conditions de travail.
Parce qu’au fond, les RPS ne sont ni uniquement organisationnels, ni uniquement individuels. Ils naissent de leur interaction. Et c’est précisément là que se joue la prévention.

Les 6 catégories du rapport Bodier-Gollac

Ces catégories décrivent les principaux facteurs organisationnels qui, combinés à la façon dont chaque personne les absorbe, peuvent générer de la souffrance au travail.

CatégorieCe que c’estCe qui varie selon la personne
1. Intensité et temps de travailSurcharge, délais impossibles, frontière pro/perso effacée, incapacité à décrocher.Profils très engagés absorbent la surcharge sans signal d’alarme. Le surtravail est valorisé — sans pare-feux.
2. Exigences émotionnellesGérer la détresse d’autrui, masquer ses émotions, maintenir une posture professionnelle sous pression.Quand il n’existe pas d’espace pour déposer ces émotions, l’accumulation n’a pas d’issue.
3. Autonomie et marges de manœuvrePeu de prise sur ses méthodes, son planning, ses décisions. Tâches répétées sans possibilité d’amélioration.C’est le travail difficile sans marge d’action qui use — pas le travail difficile seul. (Karasek)
4. Rapports sociaux et reconnaissanceQualité des relations, soutien disponible, sentiment d’être vu pour ce qu’on fait.Quand l’effort fourni n’est pas perçu comme équivalent à la récompense, l’épuisement suit. (Siegrist)
5. Conflits de valeursFaire ce qui ne correspond pas à ses convictions. Appliquer des décisions jugées injustes. Travail empêché.Touche particulièrement les profils à forte identité métier : soignants, enseignants, travailleurs sociaux.
6. Insécurité de la situation de travailPeur de perdre son poste, incertitude face aux réorganisations, rumeurs prolongées sans réponse.Le cerveau en alerte permanente consomme une énergie cognitive considérable — et empêche de s’engager pleinement.

Karasek, Siegrist : deux modèles pour affiner le diagnostic

Beaucoup d’organisations croisent ces deux modèles pour obtenir un diagnostic complet et pragmatique.

ModèleCe qu’il mesure et apporte
Karasek — Job Demand-ControlCroise demande psychologique (charge, pression) et latitude décisionnelle (autonomie, contrôle). Ajoute le soutien social comme 3e axe. Le « job strain » — forte demande + faible contrôle — est le prédicteur de stress chronique le plus documenté.
Siegrist — Effort-Reward ImbalanceMesure le déséquilibre entre l’effort fourni et les récompenses perçues (salaire, reconnaissance, sécurité, perspectives). Intègre le « sur-engagement » personnel : ces profils très investis sont précisément les plus vulnérables quand la récompense ne suit pas.
Croiser les deuxKarasek identifie les tensions organisationnelles. Siegrist révèle comment elles interagissent avec les profils individuels. Ensemble, ils permettent un diagnostic à la fois objectif (conditions de travail) et subjectif (vécu de la personne).
Ce que ces modèles permettent de voir que les approches intuitives ratent : un salarié peut être dans un environnement objectivement difficile sans développer de RPS sévères — s’il bénéficie de soutien et d’autonomie. À l’inverse, un salarié très engagé dans un environnement en apparence correct peut s’épuiser si son engagement n’est pas reconnu à hauteur de ce qu’il investit.

3 clés pour comprendre les RPS sur le terrain

Ce que ça révèleSur quoi agir
• Trop de contraintes, pas assez de contrôle → stress chronique (Karasek) • Donner beaucoup sans recevoir à la hauteur → épuisement, sentiment d’injustice (Siegrist) • Ne plus se reconnaître dans son travail → désengagement progressif• Organisation du travail, marges de décision, soutien managérial • Pratiques de reconnaissance, perspectives, cohérence effort-récompense • Sens du travail, conflits de valeurs, espace pour faire bien son métier

Ce qu’une organisation peut faire concrètement

  • Réaliser un diagnostic RPS avec les outils adaptés — pour objectiver ce qui se joue
  • Croiser les résultats avec les données internes : absentéisme, turnover, satisfaction
  • Former les managers à reconnaître les signaux organisationnels ET individuels
  • Créer des espaces de parole réguliers, sans enjeu de performance
  • Accompagner individuellement les personnes les plus exposées, avec des ressources confidentielles
  • Intégrer les 6 catégories dans le DUERP et en faire un vrai outil de pilotage
À retenir : Les RPS ne sont ni un problème de fragilité personnelle, ni un problème d’organisation défaillante. Ce sont des signaux qui naissent de leur interaction. Les comprendre ensemble, c’est se donner les moyens d’agir efficacement — sans stigmatiser personne.  → Dans notre prochain article : qui sont les profils les plus exposés, et ce que leur corps dit avant qu’ils le formulent.

→ Chez MEONIS, nous accompagnons et nous nous adaptons à vos besoins : Diagnostic RPS et actions  ·  Ateliers de prévention (groupe)  ·  Accompagnement individuel

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